Eczéma : types, symptômes, causes et traitements

L’eczéma est une inflammation de la peau qui démange. Il se manifeste par des plaques rouges, parfois couvertes de minuscules vésicules (petites bulles de liquide clair) qui suintent puis forment des croûtes. Il n’est pas contagieux. Les deux formes les plus courantes sont l’eczéma atopique, lié à un terrain familial et fréquent chez l’enfant, et l’eczéma de contact, dû à une allergie à une substance touchée par la peau. Le traitement associe une crème émolliente tous les jours et, pendant les poussées, une crème à base de corticoïdes prescrite par le médecin.
Qu’est-ce que l’eczéma ?
Le mot eczéma désigne une inflammation des couches superficielles de la peau. Les médecins emploient aussi le terme dermatite, qui a le même sens. Dans le langage courant, « eczéma » sert le plus souvent à parler de la dermatite atopique, la forme la plus répandue.
L’eczéma évolue par poussées, entrecoupées de périodes calmes plus ou moins longues. Pendant une poussée, la peau passe par plusieurs phases : rougeur et gonflement, apparition de vésicules, suintement quand elles se rompent, puis croûtes. Quand l’eczéma dure ou qu’il est gratté pendant des semaines, la peau s’épaissit et prend un aspect sec, quadrillé et plus foncé. C’est la lichénification. Les infections de la peau par des champignons (mycoses) ne font pas partie des eczémas, même si elles démangent aussi.
Les différents types d’eczéma
L’eczéma atopique (dermatite atopique)
C’est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui survient sur un terrain héréditaire appelé atopie : une tendance à développer des allergies comme l’asthme ou la rhinite allergique. Selon l’Assurance maladie, 10 à 20 % des enfants seraient concernés, avec un début souvent dès l’âge de 3 mois. L’eczéma disparaît avant l’adolescence dans environ 70 % des cas, mais il peut persister ou apparaître à l’âge adulte : environ 5 % des adultes en présenteraient un. Dans 50 à 70 % des cas, un parent proche (père, mère, frère ou sœur) a lui-même été atteint.
L’eczéma de contact
Il s’agit d’une réaction allergique de la peau à une substance extérieure, l’allergène. La peau se sensibilise d’abord sans aucun symptôme, parfois pendant des années. Lors d’un contact ultérieur, les plaques apparaissent en 24 à 48 heures, d’abord à l’endroit du contact puis parfois au-delà. Les allergènes les plus fréquents sont le nickel des bijoux fantaisie et des boutons de jean, les parfums, les teintures capillaires, le caoutchouc et les composants des chaussures. Une simple irritation par un détergent, qui brûle peu de temps après le contact, n’est pas un eczéma de contact : on parle alors de dermatite d’irritation.
Les autres formes d’eczéma
Plusieurs formes plus localisées portent un nom particulier :
- la dyshidrose : de petites vésicules qui démangent sur les paumes, les faces latérales des doigts ou la plante des pieds ;
- l’eczéma nummulaire : des plaques rondes de la taille d’une pièce de monnaie, dispersées sur le corps ;
- la dermatite de stase, ou eczéma variqueux : sur le bas des jambes, chez les personnes qui ont une mauvaise circulation veineuse ;
- la dermatite séborrhéique : des rougeurs grasses et des pellicules sur le cuir chevelu, les sourcils et les ailes du nez.
Et l’« eczéma sec » ?
L’expression « eczéma sec » ne correspond pas à un diagnostic précis. Elle désigne en général deux situations. La première est la sécheresse cutanée diffuse qui accompagne la dermatite atopique, même en dehors des plaques : la peau atopique manque de lipides protecteurs. La seconde est un eczéma ancien, non suintant, devenu épais et rugueux. Dans les deux cas, l’émollient quotidien reste la base des soins, et une plaque qui démange et ne s’améliore pas doit être montrée au médecin pour confirmer le diagnostic.
Symptômes : comment reconnaître l’eczéma ?
Pendant une poussée, l’Assurance maladie décrit trois signes principaux :
- des démangeaisons (prurit), souvent intenses, qui perturbent le sommeil. Chez le nourrisson, elles se traduisent par de l’agitation et un frottement des joues contre les draps ;
- des lésions : rougeurs, peau surélevée et rugueuse, fines vésicules qui suintent puis forment des croûtes ;
- une peau sèche en dehors des zones atteintes, dans l’eczéma atopique.
La localisation des plaques aide le médecin à reconnaître un eczéma atopique, car elle change avec l’âge.
| Âge | Zones le plus souvent touchées | Particularités |
|---|---|---|
| Nourrisson (3 mois à 2 ans) | Joues, front, menton, faces externes des bras et des jambes, plis derrière les oreilles, pli du cou | Le nez et les fesses sont en général épargnés |
| Enfant après 2 ans | Plis des coudes et des genoux, cou, mains, poignets, chevilles | Plaques plus épaisses et blanchâtres, peau foncée et plissée sous les yeux |
| Adolescent et adulte | Visage, cou, bras, jambes, poignets, plis des coudes et des genoux, mains, pieds | Peau des mains et des pieds très sèche, parfois crevassée |
L’eczéma de contact, lui, siège d’abord là où la peau a touché l’allergène. Un eczéma du poignet, des lobes d’oreilles ou du nombril fait penser au nickel. Sur les paupières, le visage ou les organes génitaux, il s’accompagne souvent d’un gonflement marqué.
Eczéma ou psoriasis : comment faire la différence ?
Ces deux maladies chroniques de la peau sont souvent confondues. Elles n’ont pourtant ni les mêmes mécanismes ni les mêmes traitements. Le tableau ci-dessous résume les différences visibles ; seul un médecin peut trancher.
| Critère | Eczéma atopique | Psoriasis en plaques |
|---|---|---|
| Aspect des plaques | Rouges, aux bords flous, parfois avec vésicules et suintement | Rouges, épaisses, nettement délimitées, couvertes de squames argentées |
| Zones typiques | Plis des coudes et des genoux, visage, cou, mains | Coudes, genoux, cuir chevelu, bas du dos, fesses |
| Démangeaisons | Constantes et souvent fortes | Possibles, mais beaucoup de personnes n’en ont pas |
| Ongles | Parfois fragilisés quand l’eczéma touche les doigts | Ongles souvent piquetés, épaissis ou décolorés |
Causes et facteurs déclencheurs
L’eczéma atopique résulte de deux anomalies qui s’entretiennent. La peau est d’abord une barrière défaillante : elle manque de graisses et de certaines protéines qui assurent son étanchéité. Les allergènes de l’environnement (acariens, pollens, poils d’animaux) pénètrent alors plus facilement et déclenchent une réaction immunitaire excessive, avec production d’anticorps de type IgE. Cette inflammation provoque les plaques et les démangeaisons.
D’une personne à l’autre, les poussées sont déclenchées par des facteurs différents. Les plus fréquents, selon l’Assurance maladie, sont les changements de temps, les douches chaudes, les bains moussants et les savons, la chaleur, la laine, les parfums, certains produits d’hygiène, la sueur, le stress et parfois certains aliments. L’air froid et sec de l’hiver, le tabac et la pollution urbaine favorisent aussi l’aggravation. Le stress ne crée pas l’eczéma, mais il entretient le cycle démangeaison et grattage.
Pour l’eczéma de contact, la cause est l’allergène lui-même. La sensibilisation est définitive : l’eczéma réapparaît à chaque nouveau contact, d’où l’intérêt d’identifier précisément la substance.
Comment soigner l’eczéma ?
L’émollient, base du traitement
Un émollient est une crème ou un baume hydratant qui reconstitue le film protecteur de la peau. Appliqué tous les jours sur tout le corps, une à deux fois par jour, après une douche rapide et un séchage par tamponnement, il espace les poussées. En pleine poussée, on évite d’en mettre sur les zones les plus inflammatoires. Les émollients n’ont pas tous la même composition : si une crème provoque des brûlures, des rougeurs ou une aggravation, arrêtez-la et demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Les dermocorticoïdes pendant les poussées
Les dermocorticoïdes sont des crèmes ou pommades à base de corticoïdes, prescrites par le médecin, qui calment l’inflammation et les démangeaisons. La crème convient aux lésions suintantes et aux plis, la pommade aux peaux sèches et épaissies. Le médecin choisit leur puissance et la durée d’application ; le traitement se poursuit jusqu’à disparition complète des plaques, souvent en une à trois semaines. Leurs effets indésirables (peau amincie, vergetures) sont rares quand ils sont utilisés comme prescrit. À l’inverse, l’Assurance maladie souligne que les échecs viennent souvent d’une sous-utilisation par crainte de ces produits.
Les traitements des formes sévères
Si l’eczéma résiste à un traitement bien suivi, le dermatologue dispose d’autres options : une pommade immunomodulatrice (qui freine localement la réaction immunitaire), la photothérapie par rayons ultraviolets en cabinet, ou, pour la dermatite atopique modérée à sévère, des médicaments injectables (biothérapies) et des comprimés agissant sur l’inflammation. En cas de démangeaisons qui empêchent de dormir, le médecin peut prescrire un antihistaminique pour une courte durée. Les antibiotiques sont réservés aux surinfections avérées.
Le cas de l’eczéma de contact
Le traitement repose d’abord sur l’éviction de l’allergène, complétée par un dermocorticoïde le temps que les lésions guérissent. Pour identifier la substance, l’allergologue ou le dermatologue réalise des tests épicutanés, ou patch tests : des allergènes sont appliqués sous pansement sur le dos pendant 48 heures, avec une lecture à 48 heures puis parfois jusqu’à 7 jours. Quand l’allergène est professionnel, l’eczéma peut être reconnu comme maladie professionnelle.
Les bons gestes au quotidien
Ces mesures, recommandées par l’Assurance maladie, renforcent l’efficacité du traitement et limitent les rechutes :
- Prenez une seule douche par jour, courte et tiède, ou un bain tiède de courte durée.
- Lavez-vous avec un pain ou un gel sans savon, sans parfum.
- Séchez la peau en tamponnant, sans frotter, puis appliquez l’émollient.
- Portez du coton ou du lin plutôt que de la laine et des tissus synthétiques.
- Rincez bien le linge et évitez les assouplissants parfumés.
- Dormez dans une chambre fraîche et aérez les pièces de vie.
- Coupez les ongles court pour limiter les lésions de grattage.
- Après le sport ou la piscine, douchez-vous puis appliquez un émollient.
Sur le visage, préférez des produits sans parfum ni alcool : si vous utilisez un toner pour le visage, vérifiez sa composition et évitez-le pendant les poussées. Les huiles essentielles sont à proscrire dans le bain et sur la peau : elles figurent parmi les allergènes de contact cités par l’Assurance maladie. Aucun remède naturel n’a montré qu’il remplaçait l’émollient et les dermocorticoïdes.
Eczéma chez le bébé, l’enfant et l’adulte
Chez le nourrisson et l’enfant
L’eczéma du nourrisson apparaît souvent sur les joues et le front, de façon symétrique. Montrez-le à votre pédiatre ou à votre médecin traitant dès les premières plaques. Ne modifiez pas l’alimentation de votre enfant sans avis médical : les tests allergologiques ne sont utiles que dans certains cas, par exemple si l’eczéma résiste au traitement ou si l’enfant grossit mal. En dehors des poussées, la piscine reste possible, à condition de bien rincer l’eau chlorée et d’appliquer un émollient avant de rhabiller l’enfant.
Chez l’adulte
La dermatite atopique de l’enfance peut se prolonger à l’âge adulte, et elle peut aussi débuter tardivement. Chez l’adulte, elle touche volontiers le visage, le cou, les mains et les plis. Un eczéma des mains qui s’aggrave pendant les périodes de travail et s’améliore pendant les congés fait rechercher une cause professionnelle (produits de nettoyage, coiffure, ciment, caoutchouc des gants). Si l’eczéma persiste à l’âge adulte, un suivi médical régulier est recommandé.
Les localisations les plus fréquentes
L’eczéma se présente différemment selon la zone du corps, ce qui change parfois la cause à rechercher et le traitement :
- les paupières : la peau y est très fine, l’eczéma gonfle vite et fait souvent rechercher un allergène de contact (cosmétiques, vernis à ongles) ;
- les mains : très exposées à l’eau et aux produits ménagers, elles cumulent souvent eczéma atopique, irritation et allergie de contact ;
- les pieds : la dyshidrose et l’allergie aux composants des chaussures y sont fréquentes ;
- les jambes : chez la personne âgée, un eczéma du bas des jambes évoque une dermatite de stase liée aux veines ;
- le cuir chevelu : il faut le distinguer de la dermatite séborrhéique et du psoriasis.
Les complications possibles
Le grattage abîme la peau et favorise sa surinfection par des bactéries, en particulier l’impétigo : les plaques se couvrent de croûtes jaunâtres ou de petites pustules. Une complication plus rare mais sérieuse est l’infection par le virus de l’herpès, appelée eczéma herpétiforme. Elle se traduit par de nombreuses petites vésicules ou érosions en grappes, souvent douloureuses, qui s’étendent vite, avec de la fièvre. Elle demande un traitement antiviral rapide et parfois une hospitalisation. Un eczéma mal contrôlé pèse aussi sur le sommeil, le moral et la vie sociale : ce retentissement est en soi un motif de consultation.
Quand consulter ?
- Médecin traitant ou pédiatre : pour toute première apparition de plaques qui démangent, chez l’enfant comme chez l’adulte, afin de confirmer le diagnostic et d’obtenir un traitement adapté.
- Consultation rapide, sans attendre le prochain suivi : si les plaques changent d’aspect malgré le traitement (pustules, croûtes jaunes inhabituelles), si votre bébé ne prend pas de poids, si les démangeaisons empêchent de dormir.
- Le jour même, ou le 15 si l’état général est altéré : apparition rapide de nombreuses vésicules en grappes ou d’érosions douloureuses avec fièvre, surtout chez un enfant ou si une personne de l’entourage a un bouton de fièvre.
- Dermatologue : eczéma étendu, qui résiste à un traitement bien suivi, qui récidive sans cesse ou qui retentit sur votre moral et votre vie quotidienne. Un allergologue ou un dermatologue réalise les patch tests si un eczéma de contact est suspecté.
Questions fréquentes
L’eczéma est-il contagieux ?
Non. L’eczéma, qu’il soit atopique ou de contact, ne se transmet ni par le toucher, ni par le linge, ni par la piscine. Un enfant atteint peut aller à la crèche ou à l’école normalement. Seule une surinfection (impétigo, herpès) peut être contagieuse : dans ce cas, c’est l’infection qui se transmet, et le médecin indique les précautions à prendre.
Comment calmer rapidement une crise d’eczéma ?
Le moyen le plus efficace est d’appliquer le dermocorticoïde prescrit par votre médecin dès le début de la poussée, une fois par jour sur les plaques, jusqu’à leur disparition. En attendant, évitez l’eau chaude et les savons, portez du coton, gardez la chambre fraîche et coupez les ongles court. Sans ordonnance, demandez conseil à votre pharmacien et consultez si la poussée ne cède pas.
Qu’est-ce qui déclenche l’eczéma ?
L’eczéma atopique repose sur un terrain héréditaire : barrière cutanée fragile et système immunitaire qui réagit trop fort. Les poussées sont ensuite déclenchées par des facteurs variables selon les personnes : chaleur, sueur, douches chaudes, savons, laine, parfums, stress, temps froid et sec. L’eczéma de contact, lui, est provoqué par une substance précise à laquelle la peau est devenue allergique.
Peut-on guérir définitivement de l’eczéma ?
L’eczéma de contact guérit si l’allergène est identifié et évité. L’eczéma atopique est une maladie chronique : les traitements contrôlent les poussées mais ne la font pas disparaître. Il s’atténue toutefois avec l’âge chez beaucoup d’enfants, puisqu’il disparaît avant l’adolescence dans environ 70 % des cas selon l’Assurance maladie.
Le stress peut-il provoquer de l’eczéma ?
Le stress ne fait pas apparaître un eczéma chez une personne qui n’a pas de terrain favorable. En revanche, il fait partie des facteurs reconnus de déclenchement des poussées d’eczéma atopique. Il augmente aussi l’envie de se gratter, ce qui entretient les lésions. Si les poussées suivent les périodes de tension, parlez-en à votre médecin.
Comment savoir si c’est de l’eczéma ?
Plusieurs indices orientent : démangeaisons importantes, plaques rouges aux bords flous, petites vésicules qui suintent, peau sèche autour, localisation dans les plis ou sur le visage, antécédents d’allergie dans la famille. Ces signes peuvent cependant ressembler à un psoriasis, une mycose ou une gale. Le diagnostic repose sur l’examen par un médecin, sans prise de sang dans la plupart des cas.
Sources
- Assurance maladie (ameli.fr), Eczéma ou dermatite atopique : causes, symptômes et évolution
- Assurance maladie (ameli.fr), Dermatite atopique : que faire et quand consulter ?
- Assurance maladie (ameli.fr), Consultation et traitement en cas d’eczéma ou dermatite atopique
- Assurance maladie (ameli.fr), Eczéma de contact : causes, symptômes et évolution et consultation et traitement
- Société française de dermatologie, Dermato-Info : dermatite atopique
- Manuel MSD grand public, Présentation de la dermatite et Dermatite atopique (eczéma)
- Manuel MSD grand public, Psoriasis