Dermatologie

Cicatrice hypertrophique : reconnaître, traiter et prévenir une cicatrice boursouflée

Nathalie4 novembre 202612 min
Main appliquant une crème sur le dos de l'autre main, pot de crème à la main

Une cicatrice hypertrophique est une cicatrice épaisse, rouge et en relief qui reste dans les limites de la plaie d’origine. Elle apparaît quelques semaines après une opération, une brûlure ou une coupure, grossit pendant quelques mois, puis s’aplatit et pâlit souvent d’elle-même en un à deux ans. Les feuilles de silicone, la compression, les massages et, sur avis médical, les injections de corticoïdes accélèrent cette évolution. Ce qui la distingue d’une chéloïde : elle ne déborde jamais sur la peau saine autour de la blessure.

Qu’est-ce qu’une cicatrice hypertrophique ?

Après une blessure, la peau se répare en fabriquant du collagène, la protéine qui forme la charpente du derme (la couche profonde de la peau). Normalement, cette production s’arrête quand la plaie est refermée. Dans une cicatrice hypertrophique, elle s’emballe : le collagène s’accumule, de petits vaisseaux se multiplient et la cicatrice devient boursouflée.

Elle se reconnaît à plusieurs signes : un bourrelet ferme au toucher, une couleur rouge ou rosée, parfois violacée sur peau mate, et des démangeaisons fréquentes. Elle peut tirer quand vous bougez, surtout si elle passe sur une articulation. Son épaisseur dépasse rarement quatre millimètres. Les médecins la classent, avec la chéloïde, parmi les cicatrices dites fibroprolifératives, c’est-à-dire liées à une prolifération excessive du tissu fibreux.

Comment évolue une cicatrice qui gonfle ?

Une cicatrice qui gonfle suit en général un calendrier assez prévisible. La Revue médicale de Liège décrit quatre étapes :

  1. 6 à 8 semaines après la blessure : la cicatrice, jusque-là plate, devient rouge et commence à démanger.
  2. De 3 à 6 mois : elle épaissit rapidement et prend du relief.
  3. Pendant 1 à 2 ans : elle reste stable, ni plus grosse ni plus plate.
  4. Ensuite : elle régresse souvent spontanément, pâlit et s’assouplit.

Ce calendrier explique pourquoi les soignants parlent de « phase active » tant que la cicatrice reste rouge ou rose. C’est pendant cette période, qui dure en moyenne 12 à 18 mois après la fermeture de la plaie selon le CHU Sainte-Justine, que les traitements comme le silicone ou la compression ont le plus d’effet. Une cicatrice devenue blanche et souple est dite « mature » : elle évoluera peu.

Pourquoi certaines cicatrices deviennent hypertrophiques ?

Toutes les plaies ne donnent pas une cicatrice boursouflée. Plusieurs facteurs augmentent le risque, et ils se cumulent souvent :

  • La tension sur la cicatrice : les zones qui bougent ou s’étirent (épaules, haut du thorax, articulations) cicatrisent moins bien que les zones au repos.
  • Une infection de la plaie : elle prolonge l’inflammation et la fabrication de collagène.
  • Une cicatrisation lente, par exemple une plaie restée ouverte longtemps.
  • Le type de blessure : les brûlures, thermiques ou chimiques, sont particulièrement concernées.
  • L’âge : les enfants et les adolescents font plus souvent des cicatrices épaisses que les adultes.
  • Une prédisposition personnelle ou familiale, plus marquée encore pour les chéloïdes, qui touchent davantage les peaux foncées.

Les piercings, les tatouages, les vaccins et l’acné peuvent aussi laisser des cicatrices en relief chez les personnes prédisposées.

Cicatrice hypertrophique ou chéloïde : comment faire la différence ?

Les deux se ressemblent au début : rouges, épaisses, parfois douloureuses. La différence se voit sur les bords et avec le temps. La chéloïde envahit la peau voisine et ne régresse pas, alors que la cicatrice hypertrophique reste sur le trajet de la plaie et s’atténue. Le tableau ci-dessous résume les critères utilisés par les médecins.

Critère Cicatrice hypertrophique Chéloïde
Limites Reste dans les limites de la plaie Déborde sur la peau saine autour de la plaie
Apparition 6 à 8 semaines après la blessure Souvent plusieurs mois après, parfois sans blessure visible
Évolution Régression fréquente en 1 à 2 ans Pas de régression spontanée, croissance lente possible
Zones typiques Articulations, brûlures, cicatrices sous tension Lobes d’oreilles, épaules, haut des bras, devant du thorax
Après une ablation chirurgicale Reprise possible, associée à un traitement préventif Récidive fréquente, parfois plus volumineuse

Seul un médecin peut trancher, à l’examen. Ce diagnostic compte, car une chéloïde opérée sans traitement associé revient souvent plus grosse.

Les traitements d’une cicatrice hypertrophique

Aucun traitement ne fait disparaître une cicatrice à coup sûr. Les soignants combinent plusieurs méthodes, en commençant par les moins invasives, et les adaptent à l’âge de la cicatrice.

Feuilles et gels de silicone

Les feuilles de silicone sont le traitement de première ligne le plus utilisé. Elles s’appliquent sur une plaie complètement refermée et une peau sans bouton ni rougeur. Le CHU Sainte-Justine conseille de commencer par trois heures de port par jour, puis d’augmenter progressivement jusqu’à 12 à 24 heures, de laver la feuille et la peau toutes les 8 à 12 heures et de poursuivre 3 à 12 mois. Les gels de silicone sont une alternative pour le visage ou les zones difficiles à couvrir. Une revue Cochrane de 2021 juge les preuves d’efficacité faibles, ce qui n’empêche pas les équipes de brûlés de les utiliser largement, car ils sont indolores et peu risqués.

Compression

Les vêtements compressifs sur mesure sont surtout utilisés après des brûlures étendues. Pour agir, ils doivent être portés 23 à 24 heures sur 24, pendant au moins 12 à 18 mois. C’est contraignant, et leur efficacité baisse sur les cicatrices de plus de 6 à 12 mois. Une revue Cochrane sur les brûlures conclut que les données restent incertaines. La compression est prescrite par un médecin et suivie par un ergothérapeute.

Massages

Le massage d’une cicatrice cicatrisée assouplit les tissus et limite les adhérences en profondeur. Le centre des brûlés du CHUV recommande, sur accord médical, des massages quotidiens avec une crème grasse non parfumée, au moins cinq minutes deux fois par jour. Son effet propre sur l’épaisseur de la cicatrice reste débattu, mais il soulage souvent les tiraillements et les démangeaisons. Massez par pressions circulaires fermes, sans frotter au point d’irriter la peau.

Injections de corticoïdes

Le dermatologue ou le chirurgien peut injecter un corticoïde directement dans la cicatrice. Ces injections, réalisées en série à quelques semaines d’intervalle, aplatissent le bourrelet et calment les démangeaisons. Elles ont des effets indésirables possibles : amincissement de la peau, petits vaisseaux visibles (télangiectasies), éclaircissement temporaire de la zone. Elles sont souvent associées au silicone ou à la chirurgie. Leur efficacité est meilleure sur une cicatrice récente que sur un bourrelet ancien et très épais, dont elles adoucissent surtout les bords.

Laser, cryothérapie et chirurgie

Le laser à colorant pulsé réduit la rougeur, l’épaisseur et les démangeaisons de certaines cicatrices, en général en complément d’un autre traitement. La cryothérapie (froid à l’azote liquide) aplatit la cicatrice mais peut laisser une tache plus claire, surtout sur peau foncée. La chirurgie reprend la cicatrice pour la refermer sans tension. Pour une cicatrice hypertrophique qui ne gêne pas les mouvements, les chirurgiens attendent en général 12 à 24 mois, le temps de voir si elle régresse seule.

Remèdes naturels : ce qui est démontré et ce qui ne l’est pas

Aloe vera, miel, beurre de cacao, huile de rose musquée ou extrait d’oignon reviennent souvent sur les forums. Leur effet sur l’épaisseur d’une cicatrice hypertrophique n’est pas démontré par des études solides. Dans la revue Cochrane, l’extrait d’oignon fait même un peu moins bien que le silicone. Leur intérêt se limite à hydrater la peau pendant le massage, ce qu’une crème neutre fait aussi bien.

Restez prudent avec les huiles essentielles : elles peuvent irriter une peau fragile et sont déconseillées chez la femme enceinte ou allaitante et chez le jeune enfant. N’appliquez jamais de jus de citron sur une cicatrice : associé au soleil, il peut provoquer une brûlure et une tache brune durable. Aucun produit ne doit être appliqué sur une plaie encore ouverte sans avis médical.

Prévenir une cicatrice hypertrophique après une plaie ou une opération

La prévention reste le moyen le plus efficace, surtout si vous avez déjà fait des cicatrices épaisses. Les gestes utiles :

  • Nettoyer la plaie et surveiller les signes d’infection jusqu’à la fermeture.
  • Ne pas arracher les croûtes ni gratter la cicatrice.
  • Éviter les mouvements qui étirent la cicatrice pendant les premières semaines, quand c’est possible.
  • Commencer le silicone dès que la plaie est fermée, sur conseil du médecin, si vous êtes à risque.
  • Protéger la cicatrice du soleil tant qu’elle est rouge (vêtement couvrant ou protection solaire SPF 50), pour éviter qu’elle ne brunisse.
  • Signaler vos antécédents de cicatrices épaisses au chirurgien avant toute intervention programmée.

Les personnes sujettes aux troubles de cicatrisation ont intérêt à éviter les gestes esthétiques non indispensables, comme un nouveau piercing.

Cas particuliers : enfant, acné, piercing, brûlure

Chez l’enfant et l’adolescent, la cicatrisation hypertrophique est fréquente. Une cicatrice peut rester épaisse et rouge 15 à 24 mois avant de s’éclaircir, contre environ 12 mois chez l’adulte. La patience est donc de mise avant d’envisager une reprise chirurgicale.

Les cicatrices hypertrophiques d’acné touchent surtout le dos, les épaules et le thorax. Traiter l’acné tôt et ne pas percer les boutons limite le risque.

Après une césarienne, la cicatrice basse et horizontale peut épaissir, surtout si la cicatrisation a été retardée. Les soins d’une cicatrice de césarienne suivent les mêmes principes : massage après fermeture, silicone si elle gonfle.

Après un piercing, une boule rouge sur le trou peut être une cicatrice hypertrophique, une infection ou une chéloïde : un avis médical permet de les distinguer.

Après une brûlure, la prise en charge relève souvent d’un centre spécialisé, avec compression, silicone et rééducation.

Quand consulter ?

Une cicatrice qui épaissit doucement dans les mois qui suivent une plaie n’a rien d’urgent. Consultez votre médecin traitant, qui vous orientera vers un dermatologue ou un chirurgien si besoin, dans ces situations :

  • la cicatrice démange ou fait mal au point de gêner le sommeil ;
  • elle s’étend au-delà des bords de la plaie (suspicion de chéloïde) ;
  • elle forme une bride qui limite un mouvement, au cou, à la main ou sur une articulation ;
  • vous souhaitez un traitement (silicone sur prescription, injections, laser).

Consultez rapidement, dans la journée, si une plaie récente devient chaude, gonflée, très douloureuse ou laisse s’écouler du pus : ce sont des signes d’infection. En cas de fièvre, de malaise ou de rougeur qui s’étend vite, appelez le 15. Une cicatrice ancienne qui change d’aspect, saigne ou s’ouvre sans raison doit aussi être montrée à un médecin.

Questions fréquentes

Comment se débarrasser d’une cicatrice hypertrophique ?

Il faut d’abord du temps : beaucoup régressent seules en un à deux ans. Pour accélérer, le silicone porté plusieurs mois, les massages et la compression sont les premières options. Si la cicatrice reste épaisse ou gênante, le dermatologue peut proposer des injections de corticoïdes, un laser ou une reprise chirurgicale.

Combien de temps dure une cicatrice hypertrophique ?

Elle se forme 6 à 8 semaines après la blessure, grossit pendant 3 à 6 mois, reste stable un à deux ans puis régresse souvent. Chez l’enfant, la phase rouge et épaisse dure plus longtemps que chez l’adulte. Une cicatrice qui grossit encore après un an évoque plutôt une chéloïde.

Quelle est la différence entre une cicatrice chéloïde et une cicatrice hypertrophique ?

La cicatrice hypertrophique reste dans les limites de la plaie et finit souvent par s’aplatir. La chéloïde déborde sur la peau saine, peut apparaître des mois après la blessure, ne régresse pas d’elle-même et récidive souvent après une ablation. Elle touche davantage les peaux foncées et certaines zones comme les lobes d’oreilles.

Une cicatrice hypertrophique peut-elle disparaître complètement ?

Elle s’aplatit, pâlit et s’assouplit souvent, mais une cicatrice ne disparaît jamais totalement : une trace plus claire ou légèrement différente de la peau voisine persiste. Les traitements visent à la rendre plate, souple et peu visible, et à supprimer les démangeaisons ou la gêne.

Faut-il opérer une cicatrice boursouflée ?

Rarement en premier. Les chirurgiens attendent en général 12 à 24 mois, sauf si la cicatrice bloque un mouvement. Une reprise chirurgicale corrige la cause, comme une tension excessive, et s’accompagne d’un traitement préventif (silicone, injections) pour éviter que la nouvelle cicatrice ne gonfle à son tour.

Sources

Laisser un commentaire

Vexin Santé
Confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.