Dermatologie

Cancer du cuir chevelu : signes, types, traitements et quand consulter

Nathalie25 octobre 202613 min
Une médecin en blouse blanche échange avec une patiente lors d'une consultation

Le cancer du cuir chevelu est un cancer de la peau qui se développe sur la tête, sous ou entre les cheveux. Il s’agit des mêmes cancers que sur le reste du corps : le carcinome basocellulaire, le carcinome épidermoïde et, plus rarement, le mélanome. Les signes qui doivent alerter sont une plaie ou une croûte qui ne guérit pas, un bouton qui grossit ou saigne, et un grain de beauté nouveau ou qui change d’aspect. Détectés tôt, la plupart de ces cancers se guérissent par une simple intervention chirurgicale : le premier réflexe est de faire examiner la lésion par un médecin ou un dermatologue.

Quels cancers peuvent toucher le cuir chevelu ?

L’Institut national du cancer (INCa) distingue deux grandes familles de cancers de la peau : les carcinomes, de loin les plus fréquents, et le mélanome, plus rare mais plus grave. Les carcinomes apparaissent surtout après 50 ans sur les zones exposées au soleil. Le mélanome peut survenir partout sur le corps, y compris sur le cuir chevelu. En France, l’INCa estime à 17 922 le nombre de nouveaux cas de mélanome en 2023.

Type Aspect habituel Évolution Gravité
Carcinome basocellulaire Petite boule ferme, rosée ou nacrée, qui peut s’ulcérer, former une croûte et saigner Lente, s’étend localement Métastases rares, guérison dans la grande majorité des cas
Carcinome épidermoïde Plaque rouge, épaisse et squameuse, croûte persistante ou plaie qui ne cicatrise pas Plus rapide, souvent sur une kératose actinique Peut donner des métastases s’il n’est pas retiré à temps
Mélanome Tache brune ou noire nouvelle, ou grain de beauté qui change de taille, de forme ou de couleur Variable, parfois rapide Le plus grave, en raison de son potentiel de dissémination

Le cuir chevelu peut aussi porter des tumeurs bénignes, comme les kystes sous la peau ou les grains de beauté ordinaires. Elles ne se distinguent pas toujours d’un cancer à l’œil nu, et seul un médecin peut trancher : c’est tout l’intérêt d’un examen en cas de doute, plutôt que d’attendre de voir comment la lésion évolue.

Les premiers signes d’un cancer du cuir chevelu

Sur la tête, les signes sont les mêmes que sur le reste de la peau. La difficulté tient à leur localisation : les cheveux cachent la lésion, et on ne voit pas son propre cuir chevelu. La lésion est souvent découverte par un proche, par un coiffeur, ou parce qu’elle accroche au peigne et saigne.

Une plaie, une croûte ou un bouton qui persiste

Pour les carcinomes, l’INCa retient comme signes d’alerte une plaie qui ne cicatrise pas, ou un bouton ou une croûte qui persiste et se modifie. Le Manuel MSD précise que toute lésion de la peau qui ne guérit pas en quelques semaines doit être examinée par un médecin. Concrètement, sur le cuir chevelu, les situations suivantes justifient de consulter :

  • une croûte qui tombe puis se reforme au même endroit ;
  • un petit nodule rosé, brillant ou translucide qui grossit lentement ;
  • une zone rouge et rugueuse qui s’épaissit ;
  • une lésion qui saigne au brossage sans avoir été blessée ;
  • une plaie qui ne cicatrise pas après plusieurs semaines.

Une tache ou un grain de beauté qui change

Pour le mélanome, l’alerte vient d’une tache nouvelle, différente des autres, ou d’un grain de beauté connu qui se modifie. L’INCa recommande la règle ABCDE pour repérer une lésion suspecte :

  • Asymétrie : forme ni ronde ni ovale, couleurs et reliefs mal répartis ;
  • Bords irréguliers, déchiquetés ou mal délimités ;
  • Couleur non homogène : plusieurs teintes (noir, brun, rouge, bleu, blanc) ;
  • Diamètre en augmentation, en général au-delà de 6 mm ;
  • Évolution rapide de la taille, de la forme, de la couleur ou de l’épaisseur.

S’y ajoute le signe du « vilain petit canard » : le grain de beauté qui ne ressemble pas aux autres chez une même personne. Un ou plusieurs de ces signes ne signifient pas forcément un mélanome, mais justifient un avis médical sans attendre.

Démangeaison, douleur : est-ce un signe de cancer ?

La démangeaison et la douleur ne sont pas des signes typiques. Selon la Fondation ARC, un cancer de la peau est souvent indolore au début. Certaines lésions peuvent toutefois démanger, devenir sensibles au toucher, saigner ou former une croûte qui ne disparaît pas. C’est donc la combinaison d’une lésion visible et persistante avec ces symptômes qui doit faire consulter, plus que la démangeaison seule.

Un cuir chevelu qui gratte sans lésion localisée a le plus souvent une autre explication : pellicules, dermite séborrhéique, psoriasis, eczéma, sécheresse, réaction à un produit capillaire ou poux. Ces affections touchent souvent une large zone, alors qu’un cancer forme une lésion bien délimitée. Si la démangeaison dure malgré un shampoing adapté, un médecin pourra en identifier la cause.

Naevus du cuir chevelu : faut-il s’inquiéter ?

Un naevus est le nom médical du grain de beauté. Le cuir chevelu en porte souvent, comme le reste du corps, et l’immense majorité reste bénigne toute la vie. Un naevus du cuir chevelu se surveille avec les mêmes critères que les autres : règle ABCDE et signe du vilain petit canard. Le plus difficile est de le voir. Photographier la zone, ou demander à un proche de le faire une fois par trimestre, permet de comparer son aspect dans le temps.

Le nombre de grains de beauté est en revanche un facteur de risque reconnu de mélanome : l’INCa cite le fait d’en avoir plus de 40, ou des grains de beauté atypiques, de grande taille ou irréguliers. Si vous êtes dans ce cas, un examen régulier de toute la peau par un dermatologue est utile, et c’est lui qui décide s’il faut retirer un grain de beauté.

Qui est le plus exposé ?

Les rayonnements ultraviolets (UV) du soleil et des cabines de bronzage sont, selon l’INCa, la première cause des cancers de la peau, en particulier du mélanome. Le cuir chevelu est protégé par les cheveux, mais pas complètement, et il se retrouve directement exposé quand les cheveux s’affinent ou disparaissent. Le risque est plus élevé dans les situations suivantes :

  • crâne dégarni ou cheveux clairsemés, raie toujours au même endroit ;
  • peau claire, cheveux roux ou blonds, yeux clairs, taches de rousseur, coups de soleil faciles ;
  • coups de soleil répétés, surtout dans l’enfance ;
  • plus de 40 grains de beauté, ou grains de beauté atypiques ;
  • antécédent personnel ou familial de mélanome ou de cancer de la peau ;
  • immunodépression, par exemple après une greffe d’organe ;
  • âge supérieur à 50 ans pour les carcinomes ;
  • kératoses actiniques sur le crâne.

Les kératoses actiniques sont de petites plaques rugueuses, rosées et squameuses, provoquées par une exposition solaire cumulée. Elles sont fréquentes sur le crâne chauve. Le Manuel MSD les décrit comme la principale lésion précancéreuse du carcinome épidermoïde : leur risque d’évolution est faible pour chacune, mais augmente quand elles sont nombreuses. Elles relèvent de traitements locaux et d’un suivi dermatologique.

Diagnostic : comment se passe l’examen ?

Le médecin traitant peut faire un premier examen et orienter vers un dermatologue. Celui-ci examine la lésion à l’œil nu, puis au dermatoscope, une loupe éclairante qui montre les structures de la peau invisibles autrement. Il en profite en général pour examiner l’ensemble de la peau.

Seule l’analyse au microscope d’un fragment de la lésion, appelée examen anatomopathologique, confirme un cancer. Selon le cas, le dermatologue réalise une biopsie, c’est-à-dire un petit prélèvement sous anesthésie locale, ou retire directement toute la lésion pour l’analyser. Le résultat précise le type de cancer et, pour un mélanome, son épaisseur, qui guide la suite de la prise en charge.

Comment soigne-t-on un cancer du cuir chevelu ?

Le traitement dépend du type de cancer, de sa taille et de son extension. Il est décidé par le dermatologue, parfois en réunion avec d’autres spécialistes (chirurgien, oncologue, radiothérapeute).

  • Chirurgie : l’ablation de la tumeur avec une marge de peau saine est le traitement de référence des carcinomes et du mélanome. Sur le cuir chevelu, une greffe de peau ou un lambeau peut être nécessaire pour refermer la plaie.
  • Chirurgie de Mohs : la tumeur est retirée couche par couche avec un contrôle au microscope à chaque étape, pour les carcinomes étendus, récidivants ou mal délimités.
  • Traitements locaux : curetage, cryothérapie, crèmes ou thérapie photodynamique pour certains carcinomes superficiels et pour les kératoses actiniques.
  • Radiothérapie : quand la chirurgie n’est pas possible ou en complément.
  • Traitements médicamenteux : pour les formes avancées ou métastatiques, des immunothérapies et des thérapies ciblées prescrites à l’hôpital.

Après un premier cancer de la peau, une surveillance régulière s’impose : le Manuel MSD indique qu’environ une personne sur quatre ayant eu un carcinome basocellulaire en développe un nouveau dans les cinq ans.

Pronostic : quelles chances de guérison ?

Le pronostic dépend avant tout du type de cancer et du stade auquel il est découvert. Les carcinomes sont facilement guérissables dans la majorité des cas, selon l’INCa. Le carcinome basocellulaire est rarement mortel et ne donne qu’exceptionnellement des métastases. Le carcinome épidermoïde a un excellent pronostic quand une petite tumeur est retirée tôt ; le risque augmente pour les tumeurs larges, profondes ou négligées.

Pour le mélanome, la survie nette à cinq ans tous stades confondus est de 94 % chez les femmes et de 91 % chez les hommes, selon les données de l’INCa reprises par la Fondation ARC. Ce chiffre global masque de grandes différences : un mélanome fin, retiré tôt, guérit le plus souvent, alors qu’un mélanome découvert à un stade avancé est beaucoup plus difficile à traiter. D’où l’importance de ne pas attendre devant une lésion qui change.

Prévention : protéger son cuir chevelu

Le cuir chevelu est souvent oublié lors de l’application de la crème solaire. Les mesures de protection recommandées par le Manuel MSD et l’INCa s’y appliquent pleinement :

  • porter un chapeau à larges bords dès que le soleil tape, en particulier si le crâne est dégarni ;
  • éviter l’exposition entre 10 h et 16 h ;
  • appliquer une protection solaire à large spectre (UVA et UVB) sur le crâne dégarni et sur la raie, à renouveler toutes les deux heures et après la baignade ;
  • ne pas utiliser de cabine de bronzage ;
  • examiner sa peau régulièrement, y compris le cuir chevelu, avec l’aide d’un proche, d’un miroir à main ou de photos.

Quand consulter ?

Un cancer du cuir chevelu ne relève pas de l’urgence vitale, et le 15 n’est pas le bon interlocuteur. En revanche, la rapidité de la consultation compte pour le pronostic.

Prenez rendez-vous sans attendre avec votre médecin traitant ou un dermatologue, en signalant le motif pour obtenir un délai court, si vous constatez :

  • un grain de beauté qui change de taille, de forme, de couleur ou d’épaisseur, ou une tache nouvelle différente des autres ;
  • une lésion qui saigne, suinte ou s’ulcère sans raison ;
  • un nodule qui grossit rapidement sur le cuir chevelu.

Consultez dans les semaines qui viennent pour une croûte, un bouton ou une plaie qui ne guérit pas après quelques semaines, ou pour des plaques rugueuses multiples sur un crâne dégarni. Si vous avez des facteurs de risque (nombreux grains de beauté, antécédents personnels ou familiaux, peau très claire), demandez à votre médecin un examen régulier de toute la peau, cuir chevelu compris.

Questions fréquentes sur le cancer du cuir chevelu

Quels sont les premiers signes du cancer du cuir chevelu ?

Les premiers signes sont une plaie ou une croûte qui ne cicatrise pas, un petit bouton ferme et rosé qui grossit, une zone rouge et rugueuse qui s’épaissit, ou un grain de beauté nouveau ou qui change d’aspect. La lésion est souvent indolore au début. Elle peut saigner au brossage. Toute lésion persistante plus de quelques semaines doit être montrée à un médecin.

Quelle est l’espérance de vie avec un cancer du cuir chevelu ?

Elle dépend du type de cancer et de son stade. Les carcinomes basocellulaires et la plupart des carcinomes épidermoïdes retirés tôt guérissent sans conséquence sur l’espérance de vie. Pour le mélanome, la survie nette à cinq ans est de 94 % chez les femmes et 91 % chez les hommes tous stades confondus, avec un pronostic bien meilleur quand il est retiré à un stade précoce. Seul l’oncologue ou le dermatologue peut donner un pronostic individuel.

Quels sont les signes d’un cancer de la tête ?

Sur la peau de la tête (cuir chevelu, visage, oreilles), les signes sont ceux des cancers cutanés : lésion qui ne cicatrise pas, croûte persistante, nodule qui grossit, tache ou grain de beauté qui évolue. Les autres cancers de la tête et du cou (bouche, gorge, larynx) donnent des signes différents, comme une plaie de la bouche qui persiste ou une voix enrouée durablement, qui relèvent aussi d’une consultation.

Comment enlever un carcinome sur le cuir chevelu ?

Le traitement de référence est l’ablation chirurgicale de la tumeur avec une marge de peau saine, le plus souvent sous anesthésie locale. Pour les carcinomes étendus ou récidivants, la chirurgie de Mohs limite la perte de peau saine. Certaines formes superficielles se traitent par curetage, cryothérapie, crèmes ou thérapie photodynamique. La radiothérapie est réservée aux cas où la chirurgie n’est pas adaptée.

Sources

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