Bien-être

Les étapes du deuil : le modèle de Kübler-Ross, ses limites et l’accompagnement

Nathalie2 novembre 202615 min
Cérémonie d'obsèques en noir et blanc : une femme âgée tenant des tulipes essuie une larme, entourée de proches assis

Les étapes du deuil les plus citées viennent du modèle de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Ce modèle aide à mettre des mots sur ce que l’on ressent, mais il ne décrit pas un parcours obligatoire. Les émotions du deuil arrivent dans le désordre, reviennent par vagues et varient beaucoup d’une personne à l’autre. La plupart des deuils évoluent favorablement avec le temps et le soutien des proches. Quand la souffrance reste intense et envahissante au-delà du premier anniversaire du décès, un avis médical est recommandé.

Les 5 étapes du deuil selon Kübler-Ross

Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre d’origine suisse installée aux États-Unis, publie en 1969 On Death and Dying (traduit en français sous le titre Les Derniers Instants de la vie). Elle y décrit les réactions de patients gravement malades face à l’annonce de leur mort prochaine. Ces cinq stades ont ensuite été appliqués aux personnes endeuillées, puis à d’autres pertes : rupture, licenciement, maladie. Voici ce que recouvre chacun d’eux, avec les manifestations que l’on observe souvent chez les personnes en deuil.

Le déni

Dans les premières heures ou les premiers jours, la mort paraît irréelle. La personne endeuillée peut se sentir sidérée, « anesthésiée », agir de façon mécanique pour organiser les obsèques, ou attendre encore un appel du défunt. Ce temps de choc amortit la violence de la nouvelle : le psychisme intègre la perte par petites doses. Il s’accompagne souvent de signes physiques de stress, comme un cœur qui s’accélère, des difficultés à dormir, à se concentrer ou à retenir les petites choses du quotidien.

La colère

Quand la réalité de la perte s’impose, la colère peut surgir. Elle vise les médecins, la famille, soi-même, parfois le défunt « parti trop tôt ». Elle se mêle souvent à de la culpabilité : « j’aurais dû appeler », « je n’ai pas vu les signes ». Ces sentiments sont fréquents, y compris chez des personnes habituellement calmes. Les exprimer à quelqu’un de confiance, plutôt que de les garder pour soi, aide à les traverser sans qu’ils abîment les relations avec l’entourage.

Le marchandage

Le marchandage regroupe les pensées du type « si seulement… » ou « et si… ». La personne rejoue mentalement les jours qui ont précédé le décès, cherche ce qui aurait pu changer le cours des choses, ou fait des promesses intérieures. Kübler-Ross l’avait décrit chez des malades qui tentaient de négocier du temps supplémentaire. Chez les endeuillés, cette étape prend surtout la forme de ruminations et de culpabilité, qui s’apaisent en général quand on peut en parler librement.

La dépression

Le mot désigne ici une tristesse profonde, et non forcément une maladie dépressive. L’absence devient concrète : la place vide à table, les fêtes, les démarches. On observe un manque intense du défunt, des pensées qui reviennent sans cesse vers lui, un sentiment de vide et de solitude, une perte d’intérêt pour les activités habituelles. Cette phase est souvent la plus longue et la plus éprouvante. Elle fait partie du deuil normal tant qu’elle laisse peu à peu place à des moments de répit.

L’acceptation

Accepter ne veut pas dire oublier ni cesser d’être triste. Le lien avec la personne disparue se transforme : il devient intérieur, fait de souvenirs que l’on peut évoquer sans être submergé. La personne endeuillée reprend ses activités, fait de nouveaux projets, retrouve une forme de paix. Des dates comme l’anniversaire du décès ou les premières vacances sans le défunt peuvent raviver la douleur pendant des années, sans que cela signifie un retour en arrière.

Étape Ce que l’on peut ressentir Ce qui aide
Déni Sidération, sentiment d’irréalité, gestes mécaniques Être entouré, participer aux rites funéraires, voir le corps si on le souhaite
Colère Irritation, sentiment d’injustice, culpabilité Exprimer ces émotions à une personne de confiance
Marchandage Ruminations, « si seulement… », remords En parler, accepter que l’on ne pouvait pas tout prévoir
Dépression Tristesse, manque intense, retrait, fatigue Accepter l’aide concrète des proches, garder un rythme de sommeil et de repas
Acceptation Souvenirs plus apaisés, envie de projets Commémorer le défunt à sa façon, reprendre des activités plaisantes

Un modèle utile, mais critiqué

Le modèle de Kübler-Ross reste très populaire parce qu’il donne un vocabulaire simple pour parler de la perte. Les chercheurs en psychologie du deuil lui adressent toutefois plusieurs reproches :

  • Une origine différente : il a été construit à partir d’entretiens avec des patients en fin de vie, et non avec des personnes endeuillées.
  • Peu de validation scientifique : aucune étude n’a montré que les endeuillés passent successivement par ces cinq stades.
  • Un ordre trompeur : présentées comme une suite, les étapes donnent l’impression qu’il faut « réussir » chacune pour avancer.
  • Un risque de culpabilité : une personne qui ne ressent pas de colère, ou qui accepte vite la mort, peut croire que son deuil est anormal.

Une étude américaine publiée en 2007 dans le JAMA, qui a suivi des personnes endeuillées pendant deux ans, a observé que l’acceptation était dès le départ la réaction la plus fréquente, et que le manque du défunt dominait parmi les sentiments négatifs. Kübler-Ross a elle-même précisé que ces stades ne se succèdent pas de façon linéaire.

Les autres façons de décrire le deuil

D’autres modèles existent. Le psychiatre britannique John Bowlby parlait de phases d’engourdissement, de recherche du défunt, de désorganisation puis de réorganisation. En France, le psychiatre Christophe Fauré décrit quatre temps : le choc et la sidération, la fuite et la recherche, la déstructuration, puis la restructuration. Les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut ont proposé un modèle dit « du double processus » : la personne endeuillée oscille entre des moments tournés vers la perte (pleurer, se souvenir) et des moments tournés vers la vie à reconstruire (démarches, nouveaux rôles). Ces allers-retours sont considérés comme sains.

Combien de temps dure le deuil ?

Il n’existe pas de durée normale. Le dossier consacré au deuil du Centre national de ressources et de résilience (Cn2r) rappelle que l’évolution favorable d’un deuil dépend de sa fluidité et de sa progression, et non de sa durée. Les premiers mois sont souvent les plus durs, puis la douleur devient progressivement supportable, avec des rechutes ponctuelles. Plusieurs éléments rendent le deuil plus long ou plus difficile :

  • une mort brutale, violente ou inattendue (accident, suicide, attentat) ;
  • la perte d’un enfant, quand la mort ne respecte pas l’ordre des générations ;
  • une relation fusionnelle, conflictuelle ou marquée par des non-dits avec le défunt ;
  • l’isolement et le manque de soutien social ;
  • l’impossibilité d’organiser des rites funéraires.

Le deuil compliqué ou trouble du deuil prolongé

Chez une minorité de personnes, le deuil se bloque. Les deux classifications médicales internationales reconnaissent désormais un trouble du deuil prolongé : la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé et le DSM-5-TR de l’Association américaine de psychiatrie, paru en 2022. Selon le Cn2r, environ une personne sur dix connaîtrait un deuil prolongé au moins une fois dans sa vie, et le risque est nettement plus élevé après une mort non naturelle ou la perte d’un enfant. Seul un médecin peut poser ce diagnostic.

Critère DSM-5-TR (Association américaine de psychiatrie) CIM-11 (OMS)
Délai depuis le décès Au moins 12 mois chez l’adulte, 6 mois chez l’enfant et l’adolescent Plus de 6 mois au minimum
Symptôme central Désir intense du défunt ou préoccupation pour lui, presque tous les jours depuis au moins un mois Se languir du défunt ou préoccupation persistante pour lui
Symptômes associés Au moins 3 parmi : impression qu’une partie de soi est morte, incrédulité, évitement des rappels, douleur intense, difficulté à reprendre sa vie, engourdissement émotionnel, sentiment que la vie n’a pas de sens, solitude intense Douleur émotionnelle intense : tristesse, culpabilité, colère, difficulté à accepter la mort, engourdissement, retrait social
Retentissement Détresse importante ou gêne dans la vie sociale, professionnelle ou autre Détresse importante dans la vie personnelle, familiale, sociale ou professionnelle
Contexte culturel Durée et intensité au-delà des normes culturelles et religieuses Réaction qui dépasse clairement les normes sociales, culturelles ou religieuses

Le trouble du deuil prolongé se distingue d’un épisode dépressif et d’un trouble de stress post-traumatique, même s’il peut s’y associer. Le Cn2r indique que 30 à 50 % des personnes concernées présenteraient aussi un stress post-traumatique, surtout après un décès survenu dans des circonstances violentes. L’inclusion de ce trouble dans les classifications fait débat : certains médecins craignent de transformer une souffrance normale en maladie, d’autres estiment qu’elle permet de mieux soigner ceux qui restent bloqués.

Comment se soigne un deuil prolongé ?

La prise en charge repose sur la psychothérapie. Les thérapies cognitives et comportementales ont montré leur efficacité chez les personnes endeuillées, et une thérapie spécifique du trouble du deuil prolongé, qui associe des techniques cognitivo-comportementales, interpersonnelles et d’entretien motivationnel, est recommandée par les spécialistes. Les médicaments ne sont pas recommandés pour le deuil prolongé lui-même. Des antidépresseurs peuvent être prescrits par le médecin si le deuil s’accompagne d’un trouble dépressif. Le premier interlocuteur reste le médecin traitant, qui peut orienter vers un psychiatre, un psychologue ou un centre régional du psychotraumatisme.

Situations particulières

Certaines pertes demandent une attention spécifique, parce qu’elles exposent davantage au deuil compliqué ou parce que les personnes concernées expriment leur peine autrement.

Le deuil chez l’enfant

Les enfants, même très jeunes, vivent un deuil. Avant 6 ans environ, ils comprennent souvent mal que la mort est définitive ; vers 8 ans, la plupart saisissent qu’elle est irréversible et universelle. Leur tristesse passe souvent par le comportement : agitation, irritabilité, chute des résultats scolaires, troubles du sommeil ou de l’appétit, maux de ventre ou de tête. Les spécialistes conseillent d’employer le mot « mort » plutôt que des formules comme « il est parti en voyage », qui peuvent nourrir l’angoisse à chaque séparation, et de proposer à l’enfant de participer aux funérailles selon son âge, par exemple en déposant un dessin.

La perte d’un enfant

Perdre son enfant est l’une des situations les plus à risque de deuil prolongé. Beaucoup de parents décrivent une première période où ils « tiennent » pour la fratrie et les démarches, avant que la douleur n’arrive plus tard et plus fort. Le deuil périnatal, après la mort d’un bébé pendant la grossesse ou peu après la naissance, a longtemps été peu reconnu ; des associations spécialisées accompagnent aujourd’hui les parents. Côté droit du travail, un salarié qui perd un enfant de moins de 25 ans bénéficie de 14 jours ouvrables de congé, complétés par un congé de deuil de 8 jours à prendre dans l’année.

Le deuil après un suicide

La perte d’un proche par suicide entraîne souvent une culpabilité, une colère et des questions sans réponse particulièrement lourdes. Les cauchemars, le sentiment d’être anéanti ou isolé sont fréquents. Le site du 3114, numéro national de prévention du suicide, propose des ressources dédiées aux personnes endeuillées par suicide, et certaines associations organisent des groupes réservés à ces proches. Si vous avez vous-même des idées suicidaires, appelez le 3114 : la ligne est gratuite et répond 24 h/24, 7 j/7.

Se faire accompagner : associations et lignes d’écoute

Patience et indulgence envers soi-même restent les principaux appuis. Anticiper les dates difficiles, commémorer le défunt à sa manière, accepter l’aide concrète de l’entourage (repas, enfants, démarches) et s’autoriser des moments agréables aident le deuil à évoluer. Les élixirs floraux souvent proposés pour « traverser » une épreuve, comme les fleurs de Bach, n’ont pas montré d’efficacité au-delà de l’effet placebo et ne remplacent pas un accompagnement. Quand le soutien des proches ne suffit pas, des structures gratuites prennent le relais :

  • Empreintes (Paris) : ligne d’écoute nationale gratuite au 01 42 38 08 08, du lundi au vendredi, entretiens individuels et familiaux, groupes d’entraide pour adultes, jeunes adultes et enfants.
  • Fédération européenne Vivre son deuil : associations régionales qui proposent écoute téléphonique, entretiens individuels et groupes d’entraide.
  • JALMALV : accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches, avec une ligne d’écoute gratuite au 0 805 650 056.
  • SOS Amitié : écoute anonyme au 09 72 39 40 50, 24 h/24 et 7 j/7, pour toute personne en détresse.
  • 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7, avec des professionnels du soin formés.

Méfiez-vous des personnes qui se présentent comme thérapeutes sans qualification reconnue : le deuil rend vulnérable aux promesses et aux emprises. Le médecin traitant et les associations reconnues peuvent orienter vers un psychologue ou un psychiatre.

Quand consulter ?

Pleurer, mal dormir ou perdre l’appétit dans les semaines qui suivent un décès fait partie du deuil. Certains signes justifient pourtant de demander de l’aide, avec un niveau d’urgence différent :

  • Appelez le 3114 ou le 15 immédiatement si vous pensez à mettre fin à vos jours, ou si un proche endeuillé exprime cette intention.
  • Consultez votre médecin traitant rapidement en cas d’insomnie persistante, de perte de poids, de recours à l’alcool, aux somnifères ou à d’autres substances pour tenir, ou d’incapacité à assurer le quotidien (travail, enfants, repas).
  • Prenez rendez-vous avec votre médecin si, au-delà du premier anniversaire du décès, la souffrance reste intense, la vie semble vide de sens et vous évitez tout ce qui rappelle le défunt.
  • Chez l’enfant, parlez-en au médecin si le changement de comportement dure : repli, chute scolaire, troubles du sommeil ou plaintes physiques répétées.

Le deuil peut aussi peser sur la santé physique. En cas de doute sur un symptôme, ne le mettez pas sur le seul compte du chagrin.

Questions fréquentes

Quelles sont les 7 étapes du deuil ?

Le modèle en 7 étapes reprend les 5 stades de Kübler-Ross en y ajoutant deux temps : le choc au début, avant le déni, et la reconstruction à la fin, après l’acceptation. On le trouve souvent sous la forme choc, déni, colère, marchandage, tristesse, acceptation, reconstruction. Cette version n’est pas plus « scientifique » que les autres : elle découpe différemment le même cheminement, qui ne suit pas d’ordre fixe.

Quelle est l’étape la plus difficile du deuil ?

Beaucoup de personnes endeuillées décrivent la période de tristesse profonde, quand l’absence devient concrète après l’agitation des obsèques, comme la plus éprouvante. Elle survient souvent quelques semaines ou quelques mois après le décès, au moment où l’entourage se fait plus discret. La réponse varie toutefois selon chacun : pour certains, le choc initial ou la culpabilité restent les moments les plus durs.

Quelles sont les étapes pour faire son deuil ?

Il n’y a pas d’étapes à franchir dans un ordre imposé. Les repères proposés par les spécialistes portent plutôt sur ce qui aide : se confronter à la réalité de la mort, notamment par les rites funéraires, exprimer ses émotions, accepter l’aide des proches, anticiper les dates difficiles, puis réinvestir peu à peu ses activités et ses relations en gardant un lien intérieur avec le défunt.

Quels sont les 3 types de deuil ?

La question n’a pas de réponse officielle unique. On distingue souvent le deuil normal, qui évolue favorablement même s’il est douloureux, le deuil compliqué ou prolongé, qui se bloque et fait souffrir durablement, et le deuil traumatique, après une mort violente. On parle aussi de deuil différé quand les réactions apparaissent avec retard, et de deuil inhibé quand la personne n’exprime pas ses émotions.

Combien de temps durent les étapes du deuil ?

Aucune durée ne s’applique à tout le monde. Les premiers mois sont souvent les plus intenses, puis la douleur s’atténue par à-coups. Les classifications médicales ne parlent de trouble du deuil prolongé qu’au-delà de 12 mois chez l’adulte (DSM-5-TR) ou de 6 mois (CIM-11), et seulement si la souffrance reste envahissante et gêne nettement la vie quotidienne.

Les étapes du deuil s’appliquent-elles à une rupture amoureuse ?

Le modèle de Kübler-Ross a été repris pour décrire d’autres pertes, dont la rupture amoureuse ou le divorce : on y retrouve souvent le déni, la colère, les « si seulement » et la tristesse. Ces pertes peuvent être très douloureuses. Les critères du trouble du deuil prolongé, en revanche, concernent uniquement le décès d’un proche. Si la détresse après une séparation persiste et pèse sur votre quotidien, parlez-en à votre médecin.

Sources

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Vexin Santé
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